Mieux comprendre une « nébuleuse » : l’État profond

Mis à jour : mars 19

Résumé


Cet article porte sur le concept d’État profond, apparu en France sur le devant de la scène publique depuis deux à trois ans, où il était jusqu'à présent confidentiel.


L'article évoque la formation du concept et les sens qu'il recouvre, en s'appuyant sur quelques auteurs. Il en propose un tour d'horizon dans deux pays, la Turquie et les États-Unis, qui en fournissent une illustration particulière. Il porte enfin sur certaines limites du concept, sur les difficultés qu'il pose, et sur les conditions dans lesquelles il peut être utile à la compréhension de phénomènes historiques et géopolitiques.


Au terme de cet article, le concept apparaît plus intéressant que ce qu'une première appréhension fait craindre, avec l'imaginaire du complot en embuscade. La notion a en effet le mérite de questionner la façon dont la science politique intègre l'immense zone grise des objectifs particuliers et des intentions informelles, entre moyens légaux et illégaux, moraux et immoraux...


Pour autant, l’expression ne sert pas au mieux la désignation et l’étude de réalités qui sont pourtant consubstantielles à l’exercice du pouvoir politique, et dont il n’y a pas lieu de s’étonner. Si le concept peut dynamiser la recherche et la pousser à un effort d’autant plus rigoureux et documenté, il peut être une facilité. Tout l’enjeu est donc de l’objectiver, ce qui suppose le confronter à une histoire, à une géopolitique, mais aussi à une connaissance fine des enjeux et des forces économiques et sociaux qui traversent un État et ses relations aux autres, sans quoi il peut surgir à tout-va, y compris là où il n’est pas.


L'article :


L’expression « État profond » a parsemé le mandat de D. Trump. En France, elle est apparue avec un certain relief, et pas seulement parce qu’une revue a décidé d’y consacrer son deuxième numéro (1) : E. Macron l’a évoquée à plusieurs reprises comme obstacle à ses orientations politiques (2).


L’objet de cet article est de mieux cerner cette notion, les sens qu’elle revêt ainsi que ses particularités dans deux pays, la Turquie et les États-Unis, qui en fournissent chacun une illustration. De là, il s’agira d’interroger cette notion, ses limites ou les difficultés qu’elle pose, pour voir à quelles conditions elle peut fournir un éclairage intéressant pour mieux comprendre les phénomènes historiques et géopolitiques.


[1] Revue Front populaire

[2] Dans le contexte de la rencontre organisée le 19/08/2019 à Brégançon avec Vladimir Poutine, ou encore deux jours plus tard à l’occasion du G7 de Biarritz. Fin septembre 2020, il disait dans une conférence de presse aux journalistes accrédités « presse présidentielle » : « On parle souvent d’État profond lorsqu’il s’agit du ministère des Affaires étrangères et de celui des Finances, mais il est autrement plus puissant dans les domaines de la Santé ou de l’Éducation nationale. »


Plusieurs définitions mais des traits communs…


Certains travaux ou approches ont contribué à faire émerger cette notion.


Sans prétendre à l’exhaustivité des sources, on peut citer l'auteur et journaliste politique Henry Fairlie (1924-1990) évoquant en 1955 un establishment prédominant en Grande Bretagne, englobant « les centres de pouvoir officiel » mais plus encore « l’entière matrice de relations officielles et sociales dans laquelle le pouvoir est exercé » (3). Il comprend un ensemble d’acteurs qui se connaissent et sont reliés entre eux, fréquentent les mêmes cercles et se soutiennent les uns les autres. Il ne s’agit donc pas tant d’un pouvoir officiel, légal ou formel que d’un jeu subtil de relations sociales (Jones, 2014).


Le sociologue Wright Mills, évoque à la même période une élite de pouvoir tripartite aux États-Unis, composée de hauts cadres d’entreprise, de l’establishment militaire et d’un « directoire politique » (4). L’analyse de Wright Mills met en évidence certains paradoxes : cette élite de pouvoir n’est pas nécessairement consciente de son statut, se montre souvent incertaine quant à ses rôles et exerce son aspiration au pouvoir sans effort conscient, mais il n’en demeure pas moins qu’elle est à ses yeux quasi-héréditaire, très unie et très cohérente dans ses valeurs et ses croyances, et qu’elle détient les postes les plus élevés, orientant les décisions politiques, économiques et militaires.


A partir de ces prémisses, plusieurs définitions peuvent éclairer l’État profond.


Il peut être désigné comme une « caste bureaucratique et [un] noyau dur de fonctionnaires qui, soit par conviction soit par intérêt, seraient les vrais dirigeants de l’État, en liaison avec des groupes économiques et idéologiques » (Josseran, 2018).


On trouve aussi chez d’autres auteurs (Burdy & Marcou, 2006) : « pouvoir invisible, non détectable parmi les institutions légales et légitimes de la République, mais qui pèse sur les grandes décisions politiques et le fonctionnement sociétal » (5).


Dans le cadre d'approches qu'il mène à partir des années 70, P.D. Scott lui donne le sens de « système politique profond », (...) ayant recours à (…) des procédures décisionnelles et exécutives soit conformes, soit extérieures à celles qui sont publiquement autorisées par la loi et la société » (6). Ce système est un système opaque et labyrinthique d'interactions derrière l’État public, quasiment institutionnalisé, permettant à un « supra-monde » d'influencer ce dernier, d'en contredire ou d'en neutraliser les politiques officielles, affaiblissant les institutions démocratiques (7).


Derrière ces définitions, quelques traits communs apparaissent : nous aurions affaire à des groupes d’intérêts et de puissance publics et privés, relativement poreux entre eux, s’inscrivant en surplomb de l’État public, dont il influence ou contrecarre les décisions, en usant d’actions et de moyens, principalement occultes, qui se situent dans un spectre large selon les buts poursuivis (du travail de réseau et d’influence à l’action sécuritaire).


L’État profond nous mène particulièrement dans deux pays – la Turquie et les États-Unis – où, autour de ces quelques traits communs, il prend des formes et des développements différents.


[3] Fairlie, H. (1955). Political Commentary, The Spectator, 23 septembre 1955, p.380

[4] Wright Mills, C. (1956). The Power Elite. Oxford University Press, p.7

[5] Burdy, J. P., & Marcou, J. (2006). Les mots de la Turquie. Presses universitaires du Mirail, p.45

[6] Scott, P. D. (2015). L’État profond américain – la finance, le pétrole, et la guerre perpétuelle (RESISTANCES). Demi-Lune, p.44

[7] Voir sur le supra-monde : Scott, P.D. (2010). La Route vers le Nouveau Désordre Mondial. Demi-Lune, p. 366 : « Le royaume de la société riche et privilégiée, qui est le théâtre d’une influence efficace exercée sur le gouvernement par le pouvoir privé, bien que le supra-monde ne soit pas institutionnalisé, ni autorisé formellement à exercer une telle influence. Il inclut ceux dont l’influence s’exerce à travers leur richesse, qu’elle soit administrée personnellement ou plus traditionnellement par le biais de fondations exonérées d’impôts et les projets qu’elles soutiennent, et les représentants des premiers. [...] »


A la Turquie, l’État profond « solide »…


Dans ce pays, l’État profond prend une forme « solide », nous dit Josseran (2018), en tout cas dans sa forme « originelle » (8).


En effet, puisant dans la défense du projet d'occidentalisation de la Turquie, porté dans les années 20 par sa République laïque dont il veut assurer la pérennité, l’Etat profond épouse originellement les contours de l’armée et de l’élite militaro-laïque (9).


Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il adapte sa lecture des menaces et évolue dans ses contours et dans ses objectifs.


Tout d’abord, le danger soviétique pousse les élites kémalistes soucieuses d’alliances à s’ouvrir, toujours avec l'armée en garant. Mais l’État profond craint qu’une dérive trop grande d’un État civil, otage des désirs de la société, mette à mal le triptyque État-nation, État-laïc, État-unitaire qui est au fondement de la République turque. Il a alors recours au coup d’État pour écarter à la fois la subversion gauchiste, le séparatisme ethnique et la réaction religieuse. Et il s'opacifie : les collusions s’organisent entre services de renseignement, mafia et droite radicale. La lutte s’engage contre le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) avec rapts et meurtres (Josseran, 2018).


Les années 2000 marquent un tournant : l’État profond historique s'affaiblit et mute à partir de l’arrivée au pouvoir de Tayyip Erdogan en 2002.


L’islam politique devient la nouvelle cible ; des laïcs (journalistes, universitaires, juristes) s’offrent d’aider l’État profond, mais pèchent par excès de confiance et ne perçoivent pas le changement de donne : ils s’attaquent désormais à un gouvernement porté au pouvoir par les urnes, et non à des courants certes actifs mais toujours à sa marge (kurdisme ou gauchisme) ; en outre, le service de renseignement national est resté fidèle à Erdogan et ce dernier peut compter sur son allié le Hizmet (Confrérie Gülen) dans son travail d’infiltration des institutions.


La neutralisation en marche de l’État profond historique laisse alors place à l’affrontement des anciens alliés : l'activisme du Hizmet fait émerger un État parallèle qui commence à échapper à Erdogan, ce qui explique le conflit qui l’oppose à Gülen fin 2013, et qui culmine avec le coup d’État avorté de l'été 2016 et les purges systématiques et radicales qui s’ensuivent.


Aujourd’hui, l’État profond s’est quelque peu « liquéfié » dans sa forme et ses contours : Josseran (2018) nous dit que le nouvel État profond assemble débris du kémalisme radical, confréries islamiques traditionalistes, activistes islamistes, pègre de la mer Noire et sociétés militaires privées...


[8] Josseran, T. (2018). L’État profond. Le pouvoir derrière le pouvoir. Conflits, n°16, janv.- mars 2018

https://www.revueconflits.com/letat-profond-le-pouvoir-derriere-le-pouvoir/. Josseran indique que la paternité de l'expression « État profond » revient au Premier ministre turc Bülent Ecevit. Voir à propos de ce dernier : Ali KAZANCIGIL, « ECEVIT BÜLENT - (1925-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne]. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bulent-ecevit/

[9] « Jeunes-Turcs et kémalistes dressent un diagnostic identique: pour ne plus subir l’Occident, il faut soi-même devenir l’Occident. Ce constat est la clef du projet de modernisation autoritaire de la République. Mais celle-ci apparaît sans cesse assaillie. Dès lors la situation exige qu’une organisation occulte puisse en assurer la survie en toutes circonstances » (Josseran, T. (2018). L’État profond. Le pouvoir derrière le pouvoir. Conflits, n°16, janv.- mars 2018 – https://www.revueconflits.com/letat-profond-le-pouvoir-derriere-le-pouvoir/)


Aux Etats-Unis, l’État profond liquide…


L’État profond trouve un écho chez Franklin Roosevelt, qui s'adresse en 1933 à son ami le colonel E.M. House : « La vérité (…) est, comme vous et moi le savons, qu’une composante financière s’est emparée du gouvernement depuis l’époque d’Andrew Jackson (10) ». Trente ans plus tard, Eisenhower met en garde contre le « complexe militaro-industriel (11) ».


Dans ce pays, l’État profond prend une forme « liquide » dès ses prémisses : il revêt l’aspect d’une nébuleuse de services, dont le centre de gravité peut osciller entre territoire national et ramifications internationales. Il opèrerait ainsi une symbiose ambigüe entre trois sphères (Scott, 2015) :

  • les agences situées dans la périphérie de Washington, telles que la CIA ou la NSA, instituées par l’État public, mais qui le supplanteraient, par leur propension à agir de manière clandestine, à s’affranchir des règles, à intervenir sur des enjeux excédant la durée des mandats politiques, les plaçant dans un rôle de continuité de l’État ;

  • le pouvoir bien plus ancien de Wall Street, c’est-à-dire ses puissantes banques et ses influents cabinets juridiques ;

  • et un certain nombre de grands groupes, où l'on retrouverait notamment la pétrochimie et la défense.

Les convergences de vue entre les acteurs de ces différentes sphères procèderaient de leurs liens à la fois structurels et de réseau, par exemple, à travers l’externalisation des budgets du renseignement (12), mais aussi l'existence d'un "jeu de chaises musicales" par lequel ces acteurs passeraient aisément du secteur public au secteur privé et inversement (pour les acteurs publics, l’attractivité du secteur privé, capable de leur proposer des évolutions de carrière et des rémunérations très favorables ; pour les acteurs privés, l’intérêt de passer par la sphère publique, qui peuvent ainsi fréquenter le pouvoir institutionnel).


L’État profond aurait accru son emprise depuis les années 80, et singulièrement depuis les attentats du 11 septembre 2001, derrière la nécessité d’assurer la continuité du gouvernement en cas d’attaque majeure ou de catastrophe nationale (13). La dérive de plus en plus brutale et arrogante de l’État profond s’exprimerait sur deux plans :

  • sur le plan de ses méthodes, d’abord : dévoiement de la protection du pays et recul des libertés, manifesté par les décrets renforçant les pouvoirs des acteurs de la sécurité nationale et assurant la prolongation de l’état d’urgence pendant près de quinze ans (14), implication permanente des services de renseignement et de l’armée dans le maintien de l’ordre, surveillance extrajudiciaire, détentions arbitraires, usage de la torture, assassinats ciblés, stimulation de la guerre, collusion avec le crime organisé (utilisation du trafic de drogue...), instrumentalisation du terrorisme et des gouvernements qui les abritent ou les favorisent ;

  • sur le plan de son "terrain de jeu", ensuite : il se serait internationalisé, contraint par les restrictions imposées par le Congrès aux services de renseignement, développant des ramifications avec des services étrangers afin d’opérer depuis d’autres pays.

[10] Cité dans Scott, P.D. (2010). La Route vers le nouveau désordre mondial : 50 ans

d’ambitions secrètes des États-Unis. Demi-Lune, , p.27. A. Jackson était le 7ème président des États-Unis, de 1829 à 1837…

[11]Dans son discours de fin mandat en janvier 1961 : « Nous devons veiller à empêcher le complexe militaro-industriel d’acquérir une influence injustifiée dans les structures gouvernementales, qu’il l’ait ou non consciemment cherchée. Nous nous trouvons devant un risque réel, qui se maintiendra à l’avenir : qu’une concentration désastreuse de pouvoir en des mains dangereuses aille en s’affermissant. Nous devons veiller à ne jamais laisser le poids de cette association de pouvoirs mettre en danger nos libertés ou nos procédures démocratiques. Nous ne devons jamais rien considérer comme acquis. »

[12] Voir Shorrock, T. (2008). Spies for Hire. Simon & Schuster, p.6 : en 2007, 70 % des budgets du renseignement aux États-Unis étaient sous-traités à des acteurs privés.

[13] Le projet « Continuity of Government » (COG), lancé en 1982 sous Reagan, prévu en son principe pour assurer la continuité de l’exécutif en cas d’attaque nucléaire et d’empêchement, a peu à peu muté pour s’adapter à toute « situation de crise », dont la définition est laissée à la main des acteurs en charge du projet.

[14] Jusqu’à l’adoption, le 2 juin 2015, du « USA Freedom Act », limitant les pouvoirs de surveillance de la NSA, en contrepartie d’une prolongation de certaines dispositions du « Patriot Act ».


Un « objet » politique complexe…


On voit que l’État profond n’est pas dépourvu de réflexions théoriques et d’analyses documentées, illustrant sa variabilité, et même si notre tour d’horizon serait à compléter, par exemple avec des pays comme l’Iran, en s’intéressant notamment au rôle des Pasdaran (15), ou encore avec la Birmanie, dont l’actualité récente a montré combien la junte militaire n’avait jamais cessé de « veiller » en surplomb du pouvoir politique civil.


Toutefois, l’expression présente un certain nombre de difficultés.


Tout d’abord, son caractère paradoxal est facteur de confusion. Si l’on se situe dans le parallélisme avec l’État public, l’État profond serait plutôt un État « déformé » (16), et lié à l’État public par une mimétique très imparfaite.


En effet, il n’en épouse pas tous les contours mais seulement certaines « strates » ou certaines « sphères » ; en ce sens, ne recouvrant que certaines zones d’influence et de pouvoir fortes et actives de l’État public, l’État profond serait plutôt un État « restreint ».


L’État profond ne se confond pas non plus avec de seuls acteurs publics mais englobe des acteurs privés ; il « s’instaure » aussi dans une visée supranationale, là où le sens commun associe un État à une nation. En ces deux sens, l’État profond serait un État « étendu ».


Enfin, il investit des sujets essentiels touchant au fonctionnement de l’État public et de la société, en contrepoint du pouvoir politique et en s'affranchissant du cadre de l’action publique transparente, voire des contraintes et des obligations posées par l'état de droit ; en ce sens, l’État profond serait un État « illégitime ».


Source de confusion, l'expression souffre aussi de son caractère générique et indifférencié, évoquant une « personnalité morale » aux acteurs et aux contours obscurs, difficiles à déceler et à analyser. L’Etat profond peut alors nourrir une vision complotiste, faite d’amalgames et d’extrapolations, où un système de pouvoir illégitime et hégémonique serait à l'œuvre partout, guidé par des acteurs anonymes (et furtifs !), mais pourtant bien réels. L’expression peut aussi donner prise à l’instrumentalisation, en fournissant aux pouvoirs en place une justification commode à des mesures autoritaires ou pour expliquer leur impuissance face à des enjeux qui leur échappent.


Enfin, et peut-être même surtout, se pose la question de l’intentionnalité. L'expression laisse entendre une force et un système cohérents et conscients. Or, contre-pouvoirs, luttes d’influence, lobbies..., traversent les pouvoirs dans toutes les sociétés sans qu’il s’agisse nécessairement d’un État profond qui agirait en tant que force et système pesant consciemment sur les affaires publiques et la société.


Il ne faut pas confondre non plus l’État profond avec les "frottements" inhérents à toute alternance politique, notamment lorsque des responsables hors de l'échiquier traditionnel accèdent au pouvoir (17).


Enfin, les blocages, les lenteurs, les obstructions de nature administrative et bureaucratique ne sont pas davantage assimilables par nature à l’État profond, même si ce dernier pourrait s'en servir comme d'un outil : dans le relais et l'application des politiques publiques, ces lenteurs ou blocages peuvent avoir des causes très diverses (18), que l’on peut analyser tout aussi bien selon le principe de parcimonie (19).


[15] Gardiens de la révolution islamique.

[16] Qui fait penser au Léviathan…

[17] On pense par exemple à D. Trump…

[18] Force d'inertie, pesanteurs culturelles et poids des habitudes..., complexité des politiques et de leur traduction opérationnelle, déficit de compétences, défaut d'organisation, sous-dimensionnement des moyens, contre-pouvoirs et oppositions corporatistes...

[19] Ou rasoir d’Ockham : « Toutes choses égales par ailleurs, l’explication la plus simple est toujours la meilleure ».


Un concept stimulant et éclairant, mais à certaines conditions…


Le concept d’État profond est donc un concept réceptacle, dont les contours, les objectifs et les actions nécessitent d'être documentés et caractérisés. C'est affaire d'historien, de sociologue, de (géo)politologue ou encore d'économiste.


C'est d'ailleurs à cette seule condition qu'il peut prendre corps, et sortir de la nébuleuse et des amalgames. Il peut ainsi passer d'un concept informe et peu rigoureux à la description de réalités et d'intentions qui s'objectivent.


A cette condition, on voit, par les travaux menés sur l’État profond en Turquie ou aux États-Unis par exemple, qu'il apporte des éclairages sur la compréhension des événements et qu'il permet de formuler des hypothèses. Il peut alors questionner les connaissances ou les représentations acquises, bousculer les repères, enrichir ce qui fait le propre d'une démarche de recherche.


Pour autant, dans ce travail d'enquête et d'analyse, il est clair qu'il faut toujours être prêt à revoir les prétentions de l’État profond, et lui préférer des expressions plus précises s'il apparaît que le concept est abusif. Nous n'en manquons pas pour rendre compte de la grande variété des formes de pouvoir (lobby, contre-pouvoir, micro-pouvoir, corporatisme, cercle d'influence, groupe d'intérêt...). En l'espèce, ce sera aussi la meilleure façon de placer l'intentionnalité au niveau où elle doit être, sans surestimation ni sous-estimation.


Quelques liens :

https://www.revueconflits.com

https://www.iris-france.org/

https://www.cairn.info/

http://www.revuemethode.org

https://www.branaa.fr/