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Le règne de l’hyper-centre ?

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Depuis les années 80, nous vivons en France un processus de (re)centrage. (Re)centrage politique et économique autour d’une « profession de foi » d’inspiration libérale et européenne, largement encadrée et tempérée par la culture interventionniste de la puissance publique. « Profession de foi » qui s’adosse à des valeurs progressistes, héritées de la gauche culturelle au premier chef, auxquelles résiste encore un attachement affirmé mais déclinant à l’universalisme qui a longtemps fait consensus entre la droite et la gauche.


E. Macron est le clou de cette évolution avec son élection à la Présidence de la République en 2017, et plus encore avec sa réélection récente. Si l’écart avec son opposante, M. Le Pen, a régressé entre les scrutins de 2017 et de 2022, il est resté confortable, et la constitution de ce grand pôle central il y a cinq ans autour de lui semble bien s’achever au lendemain des élections présidentielles de 2022, qui voient se produire l’effondrement des partis traditionnels que sont le PS et LR[1].


Pourtant, à l’occasion des élections législatives, se sont présentées face à lui une union de la gauche encore très improbable avant le premier tour des présidentielles[2], une droite « républicaine » résiduelle et une « droite nationale » en forte progression. Et les résultats ont surpris[3], générant subitement parmi les médias, et non sans emphase, nombre de questions sur l’affaiblissement « spectaculaire » de la majorité présidentielle, le « revers » voire la « claque » reçue de l’électorat.


Évoquons d’abord quelques repères sur l’histoire de ce grand mouvement de recentrage qui culmine avec ce que l’on peut appeler « l’hyper-centre » constitué sous la houlette d’E. Macron, avant de décrire plus en profondeur la dynamique de cette force qui se veut le centre de gravité du pays, pour enfin s’interroger sur sa postérité.


Dans les années 60, l’expression de nouvelles aspirations sociales influencées par les valeurs de la gauche culturelle, qui contestent et déstabilisent le Gaullisme dominant. Dans les années 70, la constitution d’un projet centriste, libéral et européen, faisant écho à certaines des nouvelles aspirations sociales, et voulant rassembler la majorité des Français dans le dépassement de la vieille lutte des classes, qui irrigue la gauche française en profondeur. A gauche précisément, le choix d’un positionnement en rupture de la part du PS, s’exprimant dans son rapprochement avec le PCF, alors principale force d’opposition. Rapprochement qui sonne comme le prélude à son étouffement et au phagocytage de son électorat.


A partir des années 60, face à des valeurs traditionnelles longtemps prédominantes qui accompagnent la France de l’après-guerre – l’autorité, l’ordre, la tradition, le patriotisme et l’intérêt national, l’effort, voire le mérite… –, un certain nombre de valeurs s’affirment à partir des nouvelles aspirations de la société.


Ces valeurs, qui s’inscrivent dans un contexte de transformation sociale et culturelle, sont influencées par la gauche culturelle, dans la mouvance des protestations étudiantes qui se cristallisent en France avec Mai 68. Sans éclipser les valeurs de la gauche sociale[4], influencée par le marxisme et insistant sur l’exploitation économique et les inégalités sociales, que le gauche doit s’employer à corriger, voire à éradiquer, les valeurs de la gauche culturelle marquent une évolution par rapport à ces dernières : elles remettent en cause l’autorité et la tradition incarnées et légitimées par les générations précédentes – et singulièrement par celle issue de la guerre –, recherchent l’émancipation de l’individu, affirment le refus du productivisme, la quête du « vrai » et de l’authenticité, la préoccupation écologique, le régionalisme, le féminisme, les droits des minorités… Ces valeurs ébranlent les différentes formes d’encadrement et mettent à mal les processus de régulation sociale. La jeunesse, qui est au cœur de ce mouvement transnational de protestation et de revendication, devient un nouveau groupe social, et tend à s’affirmer en germes comme une valeur.


Au plan politique, la stabilité reste toutefois de mise, dans la droite ligne du Gaullisme dominant depuis le retour du Général au pouvoir en 1958. La gauche veut faire face, sans peser véritablement en dehors d’un PCF hégémonique de ce côté-là de l’échiquier politique. Désunie du fait d’histoires, de programmes, d’alliances ou de modes d’action différents, elle est loin d’accéder au pouvoir par les urnes, objectif qui n’a d’ailleurs pas chez elle, selon ses composantes, la même importance[5]. Si la surprise de 1965 signale l’usure du Gaullisme et constitue – rétrospectivement – le signe annonciateur d’un changement d’époque, la gauche reste structurellement une force d’opposition, et semble loin du pouvoir, dont la conquête reste encore pour elle chimérique.


Avec l’arrivée au pouvoir de V. Giscard d’Estaing (1974-1981), la France adopte un programme centriste, libéral et européen, qui veut « réveiller » une société française que le nouveau président juge par trop immobile. Il s’agit de la moderniser, sous le signe de l’innovation, de l’initiative et de l’imagination. Ce projet porte l’idée d’un « grand groupe central » agrégeant les Français, plutôt qu’une société de la lutte des classes, figée dans les fractures et en proie à des affrontements multiples.


Par le biais d’une libéralisation de nature culturelle, le septennat de V. Giscard d’Estaing fournit un réceptacle à un certain nombre des valeurs issues des nouvelles revendications de la société, en rupture d’avec la France de l’après-guerre[6]. On pense à certaines mesures fortes prises par le pouvoir de l’époque : ce sont la nomination de cinq femmes au sein du gouvernement (une première), l’attention à la jeunesse avec, notamment, l’abaissement de la majorité électorale de vingt-et-un ans à dix-huit ans, la création du premier secrétariat d’État à la condition féminine, la fin du monopole public de la radio et de la télévision avec la transformation du statut de l'O.R.T.F., le remboursement de la contraception par la Sécurité sociale, le divorce pour cause de séparation de fait, mais encore, de façon emblématique, la loi légalisant et encadrant l’avortement.


Le projet voulu par le président est une entreprise nouvelle et acte, en quelque sorte, la sortie définitive de la France du temps de l’après-guerre, coïncidant avec la fin des trente glorieuses. L’héritage de cette aspiration centriste, libérale et européenne sera endossé par l’UDF, créée en 1978 pour soutenir l’action du président.


Mais l’entreprise de V. Giscard d’Estaing s’inscrit dans un contexte de forte opposition entre la gauche et la droite, qui restera prédominante dans les mentalités politiques jusque dans les années 1990[7]. Le grand pôle central voulu et incarné par ce président constitue un axe majeur de la vie politique française mais sans aspirer des oppositions qui se structurent de leur côté et se renforcent autour d’autres choix politiques, économiques et sociaux.


A gauche, le PCF représente le premier parti jusqu’au milieu des années 70[8], devant un PS récemment fondé[9], que F. Mitterrand s'emploie à développer dans une union où le plus petit d’alors, qui est en train de réussir son essor, phagocyte l’électorat du plus gros, qui est en train de subir son déclin. L’intention de F. Mitterrand est très consciente : sous son impulsion, le PS organise son unité et adopte un positionnement politique de rupture[10] ; il « harponne » le PCF avec le programme commun de la gauche[11] ; au lendemain de la signature de cette alliance, F. Mitterrand énonce clairement son projet devant l'Internationale socialiste : « Notre objectif fondamental, c'est de refaire un grand parti socialiste sur le terrain occupé par le PCF lui-même afin de faire la démonstration que, sur les cinq millions d'électeurs communistes, trois millions peuvent voter socialiste. »[12]. C’est dans ce contexte que F. Mitterrand était devenu le seul candidat de la gauche aux élections présidentielles de 1974[13].


Au plan des valeurs, le PCF se tient longtemps éloigné des nouvelles aspirations. Jusque dans les années 80, il adopte un discours nationaliste et protectionniste, voire marqué par des positions xénophobes[14]. Pour sa part, le PS, délié de l’union de la gauche avec le PCF depuis 1977, se saisit des nouvelles valeurs avec un intérêt marqué pour les thèmes féministes, écologistes ou régionalistes[15].


Dans les années 80 et 90, la poursuite avec l’UDF du projet centriste, libéral et européen hérité du Giscardisme. A gauche, avec le PS au projet originellement transformateur (« Changer la vie »)[16], mais aussi à droite, avec le RPR d’inspiration gaullienne, un déplacement vers des positions néolibérales et européennes, très fortement encadrées par les spécificités étatistes françaises... Au plan des valeurs, la pénétration de la gauche culturelle et des nouvelles aspirations de la société, convergeant dans un progressisme irriguant de la gauche vers la droite, et trouvant dans l’esprit libéral un réceptacle et un vecteur.


A partir des années 80, c'est autour de l’inspiration libérale et européenne, fortement teintée des spécificités étatistes françaises, que vont se (re)centrer les courants politiques et leurs doctrines économiques.


Ce mouvement implique la gauche, devenue gauche de gouvernement, c’est-à-dire le PS et ses alliés[17], mais également la droite, avec le RPR d’inspiration gaullienne, tandis que l’UDF, dépositaire du projet giscardien de centre-droit, poursuit sa route.


A gauche, avec le PS, tout « commence » en 1983. En effet, avec l’élection de F. Mitterrand en 1981, l'expérience de la gauche de rupture, née sur le papier avec le programme commun de la gauche en 1972, ne dure que deux ans et laisse place à un déplacement spectaculaire en proximité d'une gauche réformiste, soucieuse de la construction européenne, où perce l’inspiration néolibérale triomphante de l’époque, incarnée par M. Thatcher au Royaume-Uni à partir de 1979, et par R. Reagan aux Etats-Unis à partir de 1980. Le PCF aurait pu « se refaire » sur cette « trahison » programmatique du PS ; il n'en est rien et il a amorcé sa sortie de l'histoire.


A droite, le RPR, fondé en 1976 par J. Chirac en contestation du Giscardisme et pour porter les ambitions de son fondateur, affirme d’abord une orientation souverainiste et sociale, qui le conduit à un fort scepticisme européen et à une opposition marquée à tout fédéralisme[18].


Ce parti évolue ensuite vers un positionnement plus libéral et europhile à partir du milieu des années 80. Dans le discours économique du RPR, il est beaucoup questions de privatisations[19], de la libération des énergies des carcans étatistes, de rejet de l’assistanat. En matière européenne, il finit par reprendre à son compte l’essentiel des impulsions et des réalisations giscardiennes[20], elles-mêmes poursuivies et nourries par les initiatives de F. Mitterrand, dessinant en cela, à l'époque, une véritable continuité française trans-partisane sur la question européenne.


C’est probablement sur la question de l’immigration que le RPR adopte des positions résolument différentes de la gauche au pouvoir. Sans doute sous l’influence du FN qui est alors en pleine ascension, le discours du RPR en la matière est d’une grande fermeté[21], crescendo jusqu’au début des années 90, comme l’attestent les mesures préconisées lors des états généraux de Villepinte[22] puis certaines déclarations de ses chefs de file[23]. Par la suite, tout en continuant d’appeler au contrôle de l’immigration, il ne reprendra pas les affirmations de Villepinte avec la même vigueur, et alors que son passage au pouvoir entre 1993 et 1995 n’aura pas infléchi pas la dynamique des flux migratoires[24].


Dans les années 80, les valeurs héritées de la gauche culturelle et des nouvelles aspirations de la société s’affirment et poursuivent leur pénétration de la société sous F. Mitterrand. Ces valeurs s’inscrivent dans un progressisme qui, avec l’explosion des radios libres et la création de SOS Racisme en 1984, dispose de relais et d’ambassadeurs du combat culturel de la gauche auprès d’une jeunesse à laquelle elle s’adresse tout particulièrement.


Face à la montée de l’extrême droite avec le FN, dont d’aucuns ont pu signaler qu’elle avait été encouragée par la majorité de l’époque[25], la gauche de F. Mitterrand réussit avec une grande habileté stratégique à faire de ces valeurs en progression un critère clé de départage entre les « démocrates » et les « autoritaires », entre les « progressistes » et les « réactionnaires », entre les « Républicains » et les « anti-Républicains ». Ces valeurs érigées en ligne de fracture entre le « camp du bien » et le « camp du mal » contribuent grandement à tétaniser la droite, soumise au « front républicain » et prise dans l’interdit moral de nouer des alliances honteuses (avec l’extrême droite) qui la mettraient au ban de la République, incarnation du contrat social français et rempart face aux « extrêmes »[26].


Sous l’effet de la transformation de la société, et grâce à la victoire culturelle et politique qu’elles remportent sous les présidences de F. Mitterrand, ces valeurs irriguent de la gauche vers la droite. Il est en effet de plus en plus difficile à cette dernière de réaffirmer, quitte à les refonder, ses valeurs propres[27], vite dénoncées comme passéistes et décalées des aspirations de l’époque, et singulièrement de celles de la jeunesse. Le déplacement opéré par la gauche et la droite vers le positionnement néolibéral de l’Europe ne l’aide pas non plus à se singulariser en la matière. A partir des années 80, au plan des valeurs, la droite est convoquée sur un terrain qui n’est originellement pas le sien et joue, en quelque sorte, « à l’extérieur ».


Parmi ces valeurs, l’émancipation de l’individu, la quête du « vrai » et de l’authenticité, le féminisme, les droits des minorités…, vont trouver dans le néolibéralisme un réceptacle et un vecteur dans la mesure où, dans son acception politique, la vision libérale du monde promeut et veut protéger la liberté des citoyens, considérée comme « le point d'aboutissement d'une création continue, et non [comme] une espèce d'état de nature qu'il conviendrait de préserver intact »[28]. « Le libéralisme parfait ou pur serait réalisé dans une société dont chaque membre serait un centre autonome de décision, qui consentirait des délégations provisoires et partielles du pouvoir et ne s'inclinerait devant la majorité qu'en se réservant le droit ultime à la révolte »[29]. La vision libérale donne droit de cité à la singularité et aux particularismes pour peu qu’ils ne contreviennent pas à l’ordre politique et social. Elle accepte et même encourage la diversité sociale, qu’elle voit comme la résultante des libertés individuelles, et qu’elle considère comme indispensable pour qu’existe au sein de la société une fluidité autorisant les passages d’une condition sociale à une autre.


En 1992, le Traité de Maastricht fait émerger, voire cristallise, le nouveau positionnement trans-partisan des forces politiques sur la question libérale et européenne. Poursuivant son positionnement réformiste dans le cadre des engagements européens de la France, la gauche de gouvernement, avec le PS en tête, soutient officiellement l’adoption du Traité, non sans provoquer en son sein de nombreux soubresauts et fractures[30]. La droite gagnée à un positionnement plus libéral et europhile connaît aussi ses tiraillements et ses oppositions irréconciliables[31]. Le Traité de Maastricht engendre, de façon spectaculaire, de nouvelles lignes de départage : les partisans de la souveraineté du pays et les tenants d’une plus grande intégration européenne épousant des fondamentaux libéraux regroupent, de part et d’autre du « oui » et du « non », des forces et des personnalités politiques traditionnellement opposées. Traversés et secoués par cet affrontement qui transcende le clivage gauche / droite historique, les partis sont ébranlés sur leur socle même.


Il faut toutefois garder à l’esprit que l’inspiration néolibérale et européenne, au regard de laquelle les forces politiques françaises se déterminent depuis les années 80, n’en est pas moins très contrainte par des spécificités françaises marquées et durables. Ces spécificités tiennent à la tradition dirigiste et planificatrice de la France, et donc au rôle prégnant de son État centralisateur tout au long de son histoire moderne[32]. Si le paradigme néolibéral et européen est bien à l’œuvre et influe sur les politiques menées, il constitue davantage un horizon, une tendance (voire un imaginaire ?), plus qu’il n’a pris le pas sur la culture étatiste qui veille[33]. Celle-ci n’est jamais loin et mâtine les avancées néolibérales, tel un « garde-fou ». Dans les faits, elle applique son filtre et en encadre les effets. Elle nous maintient ainsi dans des mœurs économiques et sociales hybrides. L’appropriation française du néolibéralisme qui s’impose en Europe ne tient donc pas du néolibéralisme échevelé, et l’agenda réformateur qui découle des engagements européens du pays compose avec le poids de la puissance publique, en pesant sur la nature, le rythme et les modalités de mise en œuvre des réformes décidées au plan européen.


A partir des années 2000, l’horizon néolibéral et européen installé à gauche comme à droite poursuit sa course, dans un jeu plus ou moins marqué de nuances et d’oppositions entre les quinquennats de J. Chirac (2002-2007), de N. Sarkozy (2007-2012) et de F. Hollande (2012-2017), sans changement de donne au fond, avec la culture étatiste en surplomb. Mais aussi, l’affirmation d’un centre qui prend ses distances avec la droite, et se veut la convergence des bonnes volontés et des compétences, dans le dépassement du clivage gauche-droite. Au plan des valeurs, un progressisme qui poursuit ses conquêtes autour de l’émancipation de l’individu, du féminisme, de l’antiracisme, des minorités et des identités, pouvant compter sur une société de plus en plus ouverte, ou conciliante, face à ses avancées. Enfin, « l’accomplissement » macronien de l’hyper-centre, progressisme politique, économique et social d’inspiration néolibérale et européenne, encadré puis absorbé par l’étatisme français porté à son comble sous l’effet des crises.


A partir des années 2000, le progressisme des années 80 et 90 poursuit ses conquêtes, autour de l’émancipation de l’individu, du féminisme, de l’antiracisme, des minorités et des identités, pouvant compter sur une société de plus en plus ouverte à ses avancées, malgré des épisodes de forte réaction, toutefois incapables d’en freiner la marche[34].


Dans la gauche de gouvernement comme dans la droite de gouvernement, l’installation du paradigme néolibéral et européen, promoteur de ces valeurs, va trouver dans le centre une incarnation paroxystique, dans le souci du dépassement des clivages partisans.


Plusieurs évènements clés en balisent le chemin.


Avec le plébiscite chiraquien de 2002[35], les votes segmentés du premier tour « s’agglutinent » au second tour, sans cohérence programmatique, sur le président sortant, en rempart contre le FN ; le front républicain opère alors à plein. Ce phénomène tend à brouiller un peu plus encore les contours de la droite et de la gauche, et dessine « d’un coup » un large espace, certes « liquide » et dicté par des circonstances particulières, mais d’où une recomposition politique devient possible, au moins dans les esprits, à laquelle il faudra bien sûr donner un contenu et une incarnation.


En 2002 toujours, à droite et au centre-droit, l'UMP, qui deviendra Les Républicains en 2015, prend la main et fusionne en un seul parti des forces qui, depuis les années 70, s’étaient structurées en deux pôles distincts (l’UDF et le RPR), certes alliés mais selon des relations parfois tumultueuses, au cours de leur histoire. En cela, l’UMP scelle la prédominance de l’orientation néolibérale et européenne autour de laquelle ces deux forces se retrouvent et renoncent à exprimer leur identité propre. Certes, la dualité entre le centre droit d'inspiration libérale et européenne et la droite attachée au souverainisme ne disparaît pas au sein de l’UMP mais elle s’invisibilise aux yeux de l’électorat. Le souverainisme, vaincu et en retrait au sein du RPR depuis son tournant néolibéral du milieu des années 80, s’y amenuise davantage encore. La critique de l’orientation libérale et européenne, et donc la défense de la souveraineté, sont ainsi laissées aux « extrêmes ».


A gauche, il est toujours resté des forces radicalement opposées à l’Europe libérale et européenne[36], mais leur poids n’est que marginal, et le restera jusqu’à l’ascension de La France Insoumise, créée en 2016. Jusqu’à la mandature de F. Hollande entre 2012 et 2017, le PS reste la première force de gauche, et colore cet espace de l’échiquier politique de l’inspiration néolibérale et européenne.


Le 29 mai 2005, les Français votent « Non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Au plan politique, la campagne de ce référendum fait écho à celle pour l’adoption du Traité de Maastricht en 1992. On assiste en effet à une coalition de personnalités de droite comme de gauche en faveur du oui comme en faveur du non[37], montrant à nouveau combien le paradigme néolibéral et européen constitue la grande ligne de fracture politique. Cette fois-ci, le rejet est net[38], ce qui marque pour la première fois dans les urnes le refus d’une Europe libérale qu’a paru incarner le projet de Traité. Pour autant, l’élection de N. Sarkozy en 2007 permettra l’adoption du Traité de Lisbonne par la voie parlementaire, Traité qui reprendra un certain nombre des dispositions importantes du projet de Traité constitutionnel européen[39]. Deux ans après la victoire du « Non », le pays se trouve ainsi réancrer dans l’horizon néolibéral et européen.


En 2007, F. Bayrou fonde le Modem, signant de fait la disparition de l’UDF. Avec sa percée au premier tour des élections présidentielles, F. Bayrou donne corps à un centre libéral et européen émancipé de son alliance historique avec la droite, et qui veut représenter la convergence des bonnes volontés et des compétences dans le refus du clivage, devenu selon lui largement factice et stérile, entre la gauche et la droite de gouvernement.


Il faudra encore deux élections présidentielles (2007 et 2012) pour que la gauche et la droite de gouvernement cèdent le pas, usées par un pouvoir qu’elles ont exercé en alternance tout au long de la Vème République, et accumulant les critiques sur leurs bilans.


L’hyper-centre et sa dynamique…


L’ascension fulgurante d’E. Macron en 2017, et sa reconduction en 2022, sont l’affirmation d’un espace central qui peut être défini comme une incarnation politique, économique et sociale de la mondialisation néolibérale, exprimant toute sa méfiance des frontières et promouvant un seul (et même) espace mondial.


Cet espace central apparaît comme un progressisme politique, économique et social, s’insérant dans l’orientation néolibérale et européenne, et s’affirmant dans la volonté de dépasser et de réconcilier les clivages (« Et de gauche et de droite ») tout en posant une nouvelle rivalité entre progressistes et conservateurs, voire entre démocrates et populistes.


Pour autant, à l’épreuve, ce progressisme ne s’affranchit pas de la culture interventionniste de l’Etat, qui a rattrapé son réformisme sous l’effet de la crise des gilets jaunes, de la crise du covid[40], puis désormais du fait de la crise de l’énergie et des matières premières ainsi que d’un contexte géopolitique très conflictuel. Au fond, ce progressisme ressemble à un pragmatisme économique, alliage de l’inspiration libérale, à laquelle il accorde sa préférence, et de la tradition dirigiste française.


Si on désigne cet espace central par le vocable d’hyper-centre, c’est pour indiquer sa propension à se faire dominateur et sûr de lui. Il exprime une visée hégémonique, et veut constituer un pôle d'attraction pour les autres forces, qu’il rallie ou dont il veut contenir le pouvoir d’influence quand il n’y parvient pas.


La volonté de concilier des valeurs très différentes, voire antinomiques, mais "dans les faits" le centre de gravité de l'hyper-centre puise dans la gauche culturelle


Avec E. Macron, l'hyper-centre voudrait constituer une sorte de point d'équilibre entre plusieurs pôles de valeurs, en tension les uns avec les autres, tel le miroir d'une société « multiple et divisée ». Valeurs auxquelles il faut donner droit de cité et dont il faut acter la coexistence, plus qu'il ne cherche à en tenter une synthèse (même si la chose est difficile, reconnaissons-le). C'est bien là le trait d'un hyper-centre qui veut se faire le réceptacle d’une société diverse dont il faut inclure toutes les composantes.


Quels sont ces différents pôles de valeurs ?


Sur les décombres des matrices unificatrices (le catholicisme, le communisme...) et sur la remise en cause de l'autorité et de la tradition, on peut évoquer d’abord la percée de l'individu et l'extension du domaine de ses droits, autour de l'authenticité et de la liberté de choix, et qui trouvent de nombreuses ramifications : libéralisation des mœurs, éclatement de la famille traditionnelle, des cadres de l'union (Pacs, mariage pour tous) et de la filiation (adoption par les couples de même sexe, PMA pour toutes, pressions pour la GPA), revendications du « droit à mourir dans la dignité ».


Un autre pôle s'exprime autour de la montée du phénomène communautaire et de l'inclusion de la diversité (antiracisme, respect des identités, droits des minorités, qu’elles soient ethniques, d'obédience, de préférence).


Ou encore : la protection, l’ordre et la sécurité (sanitaire), dont le bénéficiaire doit être à la fois l'individu et la société, avec l’affirmation de la primauté du collectif et de l'intérêt général, appelant l’individu au sens de la responsabilité, au souci d'autrui et au refus des "égoïsmes".


Enfin, des valeurs au cœur de l'esprit républicain français, qui semblent à la fois se déliter de plus en plus chez certains et s’affirmer de plus en plus chez d’autres, signe supplémentaire d’une société très diverse, voire antagoniste : l'autorité de l'Etat, le respect de la chose publique, le patriotisme, la laïcité, le républicanisme comme matrice de l'intégration et de la citoyenneté, l'universalisme et le refus des « extrêmes ».


Pour autant, l’hyper-centre s'articule surtout autour de valeurs progressistes qui puisent largement à la gauche culturelle gagnante : lutte pour l’égalité des droits et inclusion[41], émancipation de l'ancien monde, primauté de l'individu et des particularismes au nom de l'universalisme, rejet des « extrêmes ». Valeurs qui trouvent avec lui un espace d’expression privilégié et s’épanouissent.


Une idéologie du milieu, très souple et plastique à partir de son socle néolibéral et européen


L’hyper-centre dénote par sa grande plasticité, résumée par le « En même temps » et le « Et de gauche et de droite ». On voit sa capacité à jouer d'avatars et de nuances (donnant le sentiment d'un renouvellement des offres politiques), à intégrer des problématiques portées par ses opposants. On note aussi la diversité des registres sur laquelle il sait jouer dans son adresse au pays (rudoiement des « Gaulois réfractaires » et discours protecteur à l'égard de la population… Attraction / séduction des opposants et grande fermeté vis-à-vis de la dissidence…).


Plasticité de cet hyper-centre aussi, dans sa capacité à emprunter même au populisme qu'il dénonce, comme l'a fait E. Macron lors de sa campagne de 2017 puis en plusieurs occasions durant son mandat, jusqu'à l’épisode d'un président disant vouloir « emmerder les non-vaccinés jusqu'au bout »[42].


En empruntant au populisme, l’hyper-centre fait en sorte de ne pas lui abandonner le registre de l’émotion et de l’authenticité. En se rapprochant parfois de lui dans les mots, il ne veut pas lui en laisser le bénéfice, et il entend montrer qu’il n’ignore rien des sentiments, mêmes les plus bruts, qui traversent certaines catégories de la population. La montée du populisme a ceci d’utile pour l’hyper-centre qu’il peut le libérer de ses préventions face au « parler vrai et cash », et lui permettre de l’utiliser à son profit dans ce qu'il a de vrai, de sincère et de proche des « vrais gens ». A minima l’espoir d’en tirer un bénéfice d'image, au mieux celui d’emporter l'adhésion. Au sein d’une société crispée et éruptive, à laquelle certains réseaux sociaux offrent une caisse de résonance et dont ils sont le symptôme, il y a d’ailleurs de fortes chances que de tels propos soient de mieux en mieux tolérés et de plus en plus efficaces. Au sein du monde un tant soit peu maîtrisé de l'hyper-centre (en tant que « cercle de la raison » face aux extrémismes), on assume ce qu'on continue pour autant de qualifier de dérapages lorsqu'ils émanent d'un autre bord, et on s'emploie même à les justifier[43]. Pour autant, quand il s'agit du programme, l’hyper-centre reste sur ses bases et ne concède que le moins possible au populisme, au sens d'un calcul de risques, et toujours dans le but de conserver l'ascendant dans l'opinion, et avec lui le pouvoir.


L’hyper-centre impose à ses contestataires « radicaux » de revoir certains de leurs fondamentaux, les contraignant à « jouer sur son terrain »


Il y a cinq ans, tant LFI que le RN dénonçaient l’euro, responsable selon eux de nombreux maux, dont la désindustrialisation.


Le RN a évolué dès l’entre-deux tours de la présidentielle 2017. Après avoir milité pour la sortie de la France de l’UE, de façon à redonner à la France sa souveraineté (notamment monétaire), le RN a fait machine arrière, pour proposer de faire de l’euro une monnaie commune, à ses yeux pertinente pour les échanges internationaux.


A l’occasion des élections européennes de 2019, le Rassemblement national, qui avait entre-temps pris la suite du FN, a officiellement abandonné l'idée de Frexit et de sortie de la zone euro. Ce faisant, Marine Le Pen s’alignait sur l'opinion des Français, plébiscitant l’euro pour 66% d'entre eux[44].


Depuis, le RN n’a eu de cesse de « se recentrer » et de gommer sa dimension clivante, invoquant le sérieux et la faisabilité des réformes qu’il propose, plutôt que la promesse d’un « grand soir » qui inquièterait l’électeur et risquerait d’être déçue.


Dans la campagne pour les élections présidentielles, il a fallu l’irruption d’E. Zemmour et de l’enjeu civilisationnel (la survie de la France, qui impose selon lui l’arrêt de l’immigration et une reconquête identitaire et culturelle) pour obliger le RN à modifier son discours, qui s’était de beaucoup tourné vers les thèmes économiques et sociaux. Le RN se voyait contraint de redonner une place de premier plan à ses thèmes historiques, l’identité et l’immigration.


Du côté de Reconquête!, E. Zemmour a pris acte de l’état de l'opinion quant au « Frexit » et à la sortie de l’euro. Il n’a aucunement proposé de sortir de l’UE, prenant acte que les Français ne s’imaginaient pas sans alliances. Il a dit préférer instaurer un rapport de force avec les pouvoirs européens pour faire prévaloir un certain nombre d’enjeux de souveraineté pour la France. Il a indiqué que l'entrée dans l'euro était une mauvaise idée, mais qu’en sortir serait pire.


Sur le plan des valeurs, il a précisé son attachement à l’égalité homme – femme, face à certains propos qui ont pu lui être reprochés dans tel ou tel de ses écrits. S’il est « philosophiquement » pour la peine de mort, il ne comptait aucunement la rétablir. Il a cru aussi nécessaire de préciser qu’il ne reviendrait pas sur le droit à l’avortement, pas plus que sur le mariage pour tous, indiquant toutefois qu’il abolirait la PMA pour toutes.


L’opposition des partis de gouvernement, incapable de se différencier, semble de fait participer de l’hyper-centre…


Lors de la campagne pour les élections présidentielles, il n’a pas paru très simple de distinguer fondamentalement les valeurs et les mesures proposées par une V. Pécresse (pour les LR) ou par un E. Macron (pour LREM/Renaissance). Elles semblent plus avoir relevé d’une différence de degré que d’une différence de nature. Les écarts programmatiques n’ont d’ailleurs pas convaincu l’électorat au vu de l’effondrement de la candidate LR, quand E. Macron confirmait sa captation des électorats de la droite néolibérale et du PS social-démocrate.


De cela, le sentiment d’un jeu d’étiquettes entre les partis de gouvernement, qui semblent prêter leur concours à des oppositions surjouées, sans remise en cause fondamentale du corpus centriste, néolibéral et européen tempéré par l’interventionnisme publique.


Et maintenant ?


La dernière expérience de rupture date de 1981 avec F. Mitterrand, et n’aura guère duré que deux ans. Depuis 1983, toutes les majorités sont travaillées par l’inspiration néolibérale et européenne en regard de laquelle elles se sont toutes positionnées peu ou prou, tantôt un peu plus à droite, tantôt un peu plus à gauche.


E. Macron décrit aujourd’hui un hyper-centre paroxystique, dans un processus d’attraction des forces qui lui sont compatibles. Processus qui semble avoir atteint son apogée au lendemain des élections présidentielles de 2022.


Mais quelques semaines plus tard, les élections législatives[45] ont fait apparaître, comme par surprise, tout un ensemble d’interrogations sur le macronisme.


Quelle peut donc être la postérité d’un tel mouvement, à cette étape d’un processus, certes non linéaire, mais à l’œuvre depuis quarante ans ?


Il ne s'agit pas d'interroger le macronisme en tant que tel, qui en est une incarnation-aboutissement d'un certain type à un certain moment de l'histoire de ce pays. Il ne s’agit pas davantage d’interroger l'avenir d'E. Macron, dont le mandat qui commence devrait être le dernier selon les termes de la Constitution. D'autres acteurs viendront, susceptibles de s'inscrire dans la continuité de l'hyper-centre, tout en lui imprimant inévitablement leur vision et leur pratique du pouvoir.


Ce qui est interrogé ici, c'est la postérité d’un certain système de pouvoir et de valeurs, flexible et plastique dans sa dimension gestionnaire et manœuvrière, mais assis sur des fondamentaux politiques, économiques et sociaux stables (le choix européen, l'inspiration néo-libérale, les valeurs progressistes). Un système qui se renouvellerait sous la forme d’avatars pour mieux se perpétuer. Les successeurs d’E. Macron ne joueraient au fond que des variations sur les fondamentaux politiques, économiques et sociaux qui constituent son ossature.


On pourrait formuler trois hypothèses majeures.


Voir dans l’hyper-centre paroxystique le crépuscule centripète du paradigme européen et néolibéral, désormais menacé par l’accumulation des crises, et la dilution interne pour avoir trop « gonflé » : trop d’alliances d’opportunité, laissant apparaître un manque de cohérence entre les forces qui le composent faute d’une vision et d’un programme suffisamment partagés. Comme le revers de la médaille du « en même temps », où la grande plasticité de l’hyper-centre, utile pour développer son attractivité, finit par devenir sa faiblesse une fois qu’il est allé au bout de lui-même, et qu’il a repoussé ses frontières jusqu’à leurs extrêmes limites.


Voir en l’hyper-centre un point d’équilibre durable du pouvoir, politique, économique et au plan des valeurs, et ce même si ce point d’équilibre se fait dans une forte tension avec les blocs d’opposition mais aussi avec toute une partie de la société[46]. L’hyper-centre accepte une certaine influence de la part des blocs qui lui font face et le menacent. Il sait leur emprunter, leur donne des gages, mais toujours dans l’idée de contenir leur poussée et de préserver son pouvoir. Préservant ses propres fondamentaux, il se situe principalement dans une logique de concessions tactiques et « d’accusés réception verbaux » sur le diagnostic et les mesures à prendre, sans pour autant infléchir fondamentalement ses positions. Un hyper-centre qui joue donc au maximum de sa plasticité et de son intelligence pour se maintenir et contenir les assauts des blocs « radicaux », non sans se montrer lui-même plus autoritaire en fonction des menaces auxquelles il est confronté et des marges de manœuvre dont il dispose pour les circonscrire.


Question de degré ou question de nature ? On peut se demander si une troisième hypothèse ne serait pas l’hybridation. Les fondamentaux libéraux perdurent mais l’adoption de mesures autoritaires s’accroît et s'installe. Elles ne sont pas alors simplement l’expression de la plasticité de l’hyper-centre, qui verrait en elles une panoplie de mesures comme une autre. Au contraire, l’hyper-centre « structurellement » sous tension, contesté et mis à mal par des oppositions rudes et en progression constante, face à une société fragmentée et défiante, et dans un monde où se cumulent les déséquilibres et les crises, recourt à des mesures plus dures, voire illibérales[47], pour se maintenir. Adoptant un raisonnement selon lequel la fin (son maintien au pouvoir et la préservation de ses fondamentaux) justifie certains moyens (par exemple, des mesures de contrôle), l’hyper-centre quitte davantage sa rive libérale et empruntent à des régimes qui lui sont théoriquement étrangers et qu’il dénonce[48].


Secoué et contesté, l’hyper-centre va voir sa résilience testée, entre souplesse et raidissement. Mais il devrait conserver, à court et moyen termes en tout cas, de nombreux leviers pour poursuivre l’aventure du pouvoir…


Il est bien sûr délicat de faire de la prospective. A ce stade, on peut opter toutefois pour l’hypothèse d’un hyper-centre, si ce n’est durable, tout du moins résilient à court et moyen termes. Un hyper-centre en tension constante entre ses fondamentaux et la tentation du raidissement, face à la conjugaison et à la complexité des crises.


Les multiples crises, climatiques, sanitaires, géopolitiques, militaires, énergétiques ou encore alimentaires, vont provoquer de nombreux soubresauts et rendre les sociétés très abrasives mais elles devraient in fine, sous nos longitudes occidentales, développer le consentement aux restrictions, au nom de l'intérêt général et face aux enjeux de survie, dans la « prise de conscience » - relayée par ses élites - d'un occident privilégié qui ne peut plus différer son tournant vers la sobriété[49]. Ce faisant, le cumul des crises devrait « jouer » pour le statu quo, ce dont l'hyper-centre devrait tirer avantage en incarnant, telle une valeur refuge, le « cercle de la raison ».


On peut regarder plus en détail les facteurs qui devraient influer en faveur de l’hyper-centre.


La mondialisation, et l’UE, comme facteurs d’inertie au profit de l’hyper-centre…


L’hyper-centre correspond à un phénomène qui dépasse largement le cadre de la France. Incarnation politique, économique et sociale de la mondialisation d’inspiration néolibérale, il traduit une tendance des sociétés occidentales (Europe de l'ouest, Amérique du Nord...) ou en voie d’occidentalisation (comme l’Ukraine...)[50]. L’hyper-centre trouve avec l’UE, dans laquelle on peut voir une traduction régionale spécifique de la mondialisation, une « superstructure » agissant comme une puissance de conservation de ses fondamentaux et de maintien de son pouvoir.


Ceci nous semble d’autant plus vrai que l’UE, malgré des dissensions internes, fait preuve d’un certain regain et d’une certaine robustesse en ayant trouvé avec la crise du covid, puis face à la Russie en soutien de l’Ukraine, de nouveaux leviers d’affirmation[51].


Au sein de l’UE, l’hyper-centre français peut compter sur un nombre significatif de régimes comme sur autant d’alliés : on a entendu, par exemple, les déclarations de chefs d’Etat ou de gouvernement européens, voire de commissaires, exprimant leurs inquiétudes quant à l’arrivée au pouvoir d’une candidate « populiste », et appelant ainsi à la reconduction d’E. Macron[52].


La complexité de nos sociétés d’interdépendances, poussant à des positions d'équilibre ou à des mesures de compensation


A l'heure de la complexité dans un monde d'échanges et d'interdépendances, et au sein d'une société où il faut articuler des intérêts et des aspirations différents voire antagonistes, le pouvoir, mais aussi les acteurs économiques et le corps social, sont en quelque sorte contraints à rechercher des positions d'équilibre, de leur plein gré ou malgré eux...


Dans un contexte de crises multiples, ceci se fait dans la difficulté et dans les heurts mais, passé les exaspérations et les rêves de grand soir, les acteurs sont ramenés au compromis et à la concession, sauf à basculer dans une démarche révolutionnaire, qui n'aurait de chance d'aboutir que si elle correspondait à un soutien puissant de la population, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.


Au pied du mur, les solutions « extrêmes » ou « hors système » se heurtent à des rapports de force qui leur sont défavorables et qui traduisent la puissance des conservatismes[53]. On l'a vu par exemple à propos des nombreuses propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat, voulue par le président à partir d’octobre 2019, qui ont été largement vidées de leur substance après coup. Dans un débat qui demeure encore polarisé[54], la conciliation d'aspirations citoyennes avec des intérêts économiques bien établis, a abouti bien plus à des positions moins-disantes qu'à des mesures fortes.


Aux yeux de l'opinion, dans un système qui leur est largement opposé, les mesures « extrêmes » finissent par être suspectes de concessions qu’elles seraient incapables d’éviter. Elles apparaissent alors comme « entachées » ou « dénaturées » dans leur esprit même, et perdent ainsi de leur crédibilité et de leur force de conviction.


Un contexte incertain et menaçant, encourageant à la prudence et au statu quo


Le contexte historique, marqué par l’accumulation des défis et des menaces, « milite » pour le statu quo auprès de l’opinion publique.


Les crises, avérées ou redoutées[55], entretiennent un climat anxiogène, de nature à provoquer le retour à ce qui paraît sûr et acquis, et revoyant à la baisse les attentes de changement.


Une telle atmosphère tend à ancrer dans l'opinion publique un réflexe légitimiste, renvoyant l'opposition « radicale » à son caractère « aventureux », face auquel l'hyper-centre incarnerait une stabilité rassurante.


Dans le contexte géopolitique que nous connaissons, on peut penser de surcroît que la réactivation du bloc atlantiste, face à la Chine et à la Russie, avec les Etats-Unis en fer de lance, devrait rendre plus difficile toute « émancipation » européenne de son alliance atlantiste, et rendre plus « aventureuse » aux yeux de l’opinion toute politique voulant s’en affranchir ou prendre ses distances.


« L’aventure aventureuse » avec les blocs « radicaux »


On a un effet d'optique sur la progression des blocs « radicaux » d'opposition. Elle est réelle et forte, et donne à penser que le basculement n'est plus loin. Or, pour ces blocs, le « reste à conquérir », afin d'accéder au pouvoir est plus important à accomplir qu’il n’y paraît.


Un certain nombre des positions des blocs « radicaux » sont encore jugées aventureuses, voire irréalistes, par une majorité de l’électorat.


Cette « radicalité » nécessite de leur part un plus grand effort pour rassembler et convaincre une majorité, en tout cas tant que le « cercle de la raison », qui jusqu’à présent a déjoué le vote « extrême », conserve une certaine efficacité économique et sociale, ou met en place les amortisseurs capables de contenir la contestation.


Tant qu'il n'y a pas effondrement économique et crises sociales en spirale sous les effets du triptyque dette-inflation-chômage, on peut penser que le système est capable de résilience, certes avec de fortes tensions nécessitant un interventionnisme publique durable (le financement par la dette), mais dont on peut penser qu’il serait soutenu par les marchés devant le risque majeur que constituerait la faillite d’une économie comme celle de la France.


La fragmentation territoriale et sociale du pays


Les fragmentations territoriales et sociales du pays, clairement diagnostiquées[56], jouent en faveur de l’hyper-centre. La fracturation du corps social et la progression du phénomène communautaire, sur fond de recul de l’opposition structurante entre la droite et la gauche, sont de nature à freiner les coagulations nécessaires pour faire éclore de nouvelles majorités alternatives.


La consommation contre la révolution…


Dans une société habituée à des standards de consommation et à un certain niveau de vie – malgré les disparités –, et confrontée à un contexte de crises, les besoins de sécurité tendent à s’affirmer au sein de la population, limitant l'horizon du changement dans les esprits et encourageant la stabilité.


Le vieillissement de la population


Toutes les enquêtes d’opinion démontrent que l'électorat âgé est celui qui vote le plus, et que, parmi cet électorat, les retraités sont l’un des segments forts de la majorité présidentielle (avec les 18-25 ans et les catégories diplômées disposant d’un certain revenu). Sensibles à la stabilité, critiques face aux bouleversements, ils se méfient des « extrêmes » et récusent leur caractère aventureux.


La résignation des électorats


Face à ce qui peut apparaître comme un paradigme néolibéral et européen indépassable, quelles que soient les majorités qui se succèdent, et qui n'autorise pas de véritables politiques d’alternance, l’électorat d’opposition peut être tenté de se désaffilier politiquement et de s’abstenir, ce dont ne cessent de témoigner les élections.


L’alliance improbable des blocs d’opposition


Les idées, l’histoire, les valeurs mais aussi les stratégies politiques et électorales des blocs d’opposition rendent improbable leur alliance, faisant le jeu de l’hyper-centre, même sans majorité absolue[57].


Des « verrous » institutionnels favorables à la logique hégémonique et aux partis de gouvernement


Des "verrous" institutionnels, ou opérant dans les faits comme tels, majorent le poids du vainqueur et lui assurent une prime électorale. On veut parler ici du mode de scrutin majoritaire, que les gouvernements successifs de la Vème République, à part une exception notable mais limitée entre 1986 et 1988, ont soigneusement évité d’introduire.


Certes, on a vu que ce verrou s’était récemment desserré…, ce qui met d’autant plus en exergue la poussée du RN d’abord et de la Nupes[58], puisqu’un tel mode de scrutin leur est traditionnellement défavorable.


Pour autant, il n’est pas dit que les résultats des élections législatives qui viennent de se tenir nous fassent entrer dans l’ère du parlementarisme. En effet, dans un régime parlementaire, les forces en présence peuvent faire l’anticipation raisonnable que les prochaines élections donneront lieu à nouveau à un régime parlementaire. Peut alors s’instaurer une pratique « stable » du parlementarisme, qui s’inscrit dans une règle du jeu durable. Or rien n’est moins sûr puisque les députés vont vivre au cours de cette législature sous la « menace » d’une dissolution de l’Assemblée nationale si des blocages réguliers – hypothèse plausible – devaient se produire, empêchant l’exécutif de mettre en œuvre sa politique. La menace de la dissolution n’est donc pas une incitation au compromis rationnel et résolu, mais peut au contraire favoriser les postures et les tactiques. Si ces derniers finissaient par emporter la vie parlementaire, les blocs d’opposition, désignés comme responsables, pourraient s’en trouver discrédités et affaiblis. Une fois la dissolution prononcée, nous pourrions revenir à la logique majoritaire, toute puissante et sans partage, gommant ce qui serait alors apparu en 2022 comme une « anomalie » électorale, ayant contraint momentanément les parlementaires à tenter en vain des compromis.


On a pu aussi noter certaines mises en garde du Conseil constitutionnel, par la voix de son président. Pendant la campagne présidentielle, ce dernier s’est élevé contre l’affirmation selon laquelle le référendum l’emporterait nécessairement sur la loi, la constitution et ses grands principes (ceux de 1789, du Préambule de 1946 et de la Charte de l’Environnement de 2004)[59]. Une telle affirmation posait selon lui de vraies difficultés juridiques et n'était donc pas si simple à mettre en œuvre[60]


La volatilité de l’électorat et le risque de l’obsolescence pour les partis d’essence protestataire


A l’heure de la désaffection pour le politique, les cycles électoraux (de cinq ans chez nous) sont à la fois courts pour opérer des transformations de fond, et largement assez longs pour rebattre les cartes politiques en des sens inattendus[61]. Frappés par l’impatience et éruptifs, quand ils ne sont pas dans le désintérêt, les électorats sont de plus en plus erratiques. Les dynamiques peuvent s’inverser rapidement, et tiennent finalement à peu de choses. De multiples facteurs opèrent, qu’il est très difficile d’anticiper et de pondérer. Ils ramènent peu ou prou aux perceptions et aux affects, par essence mouvants, et d’autant plus volatiles qu’ils ne sont plus encadrés par des matrices unificatrices autrefois puissantes (l’opposition droite/gauche, le catholicisme, le communisme…). Même les mouvements d’essence protestataire peuvent être frappés d’obsolescence, dès lors qu’ils n’arrivent pas à tenir l’équilibre délicat entre crédibilité et disruption.


L’effort de conquête du pouvoir que doit réaliser une force politique d’essence protestataire est donc considérable. Tout compte fait, on peut se demander si les partis de gouvernement ne bénéficient pas, face aux blocs « radicaux », d’un certain crédit d’intention ou en tout cas d’une moindre défiance, ce qui finit par compter à l’heure du vote.


La survivance des digues morales


Même grandement affaiblies, les digues « morales » subsistent encore. On a vu que la thématique de la diabolisation n’avait jamais disparu durant la campagne présidentielle, et pouvait encore s’enorgueillir de résultats. Un temps protégée par E. Zemmour tel un paratonnerre, M. Le Pen a vite constaté, entre les deux tours de l’élection présidentielle, le retour de la dénonciation du mal qu’elle représente aux yeux de l’hyper-centre et du « cercle de la raison ». L’antifascisme a été de nouveau convoqué pour crier au loup et alerter, au nom de la société tout entière, sur les dangers de cette candidate et de son parti. On a pu constater, de fait, que 42% des Français qui ont voté pour E. Macron l’ont fait pour faire barrage au RN[62].


On constate en outre que le front républicain s’est élargi à la Nupes à l’occasion des élections législatives[63], ayant provoqué un certain embarras de la majorité présidentielle dans le cas de seconds tours opposant le RN à la Nupes…


En conclusion…


Tout un ensemble de facteurs dessinent encore un plafond de verre pour les blocs d’opposition « radicaux » [64].


L’hypothèse d’un hyper-centre résilient dans un contexte de tensions croissantes conduit à mentionner le risque du blocage démocratique. L’hyper-centre se maintient certes par ses « qualités » propres mais aussi par tout un ensemble de facteurs limitants pour les blocs d’opposition.


Blocage démocratique où la question de l’adhésion et du consentement est cruciale. Adhésion et consentement à une politique qui ne serait pas qu’un ensemble de mesures de gestion, ou l’expression minimaliste d’une volonté dont le seul objectif serait de préserver la stabilité et de contenir les protestations, sans autres ambitions ni projets pour le pays et la société.


Un « drôle de système » avec des fondations et des rendez-vous démocratiques (des élections et la possibilité périodique de l’alternance), mais, dans les faits, une situation verrouillée, qui ne pourrait qu'alimenter le désintérêt citoyen, le sentiment d'impasse et d'inutilité, l'abstention et, au bout du compte, la fragmentation elle-même.


Ce sentiment de blocage, que l'on voyait se répéter au vu du 2nd tour des présidentielles, est percuté par une situation quasi-inédite dans notre Vème République : un président fraîchement élu avec 58,5% des voix n'obtient qu'une majorité relative, faisant surgir la nécessité de majorités d'idées, d’alliances ou autres coalitions.


La situation de l'Assemblée nationale constitue peut-être l'opportunité de tester enfin, de façon structurelle, le principe de la négociation et du compromis, en lieu et place du réflexe majoritaire qui leur a bien peu laissé de place jusqu’à présent. En somme, pour les partisans de l’hyper-centre néolibéral et européen, se donner l'occasion de mettre vraiment en pratique le dépassement des clivages sur lequel il a été promu, autrement qu’avec la seule volonté tactique de conquérir puis de conserver le pouvoir... Ou comment l'hyper-centre pourrait passer de l'hyper-adaptation, dont on a vu les limites, à une posture concrète de recherche de l'accord sur de la "substance", c'est-à-dire sur une politique et un contenu.


Ne serait-ce pas là qu'est le "vrai" cercle de la raison ? Ne serait-ce pas là le signe de la maturité politique, où les adversaires ne sont plus diabolisés avec une grande facilité, et avec eux leurs électeurs, malgré les dénégations ?


Une majorité sur des idées qui redonnerait donc au contrat ses lettres de noblesse, et qui réinstallerait le programme politique au centre du jeu, au sein d’une Assemblée où les forces en présence reflètent enfin davantage la diversité française. Une Assemblée retrouvant de la vigueur, sauvée de l’affaiblissement chronique et du décalage avec le pays, et considérée par l'exécutif comme une chambre d'enregistrement.


Évidemment, la rupture culturelle qu'elle nécessite est très forte dans un pays comme la France, et singulièrement après cinq ans d'un hyper-centre peu partageur et hégémonique, dont la pratique du pouvoir très verticale et centralisatrice n'a pas démenti la "tradition" française du dirigisme…


Au titre de cette rupture culturelle, la volonté réelle, incarnée, de rechercher l'intérêt du pays dans toutes ses composantes, mais aussi la promotion de ce qui les dépasse et devrait les fédérer, c'est-à-dire sa place, son rayonnement, son art de vivre, ses valeurs, ce qui fait sa singularité en somme.


[1] Cet effondrement est le corollaire, pour LR, du départ de nombre de ses électeurs vers E. Macron, E. Zemmour, ou encore (plus anciennement) M. Le Pen, tandis que les électeurs ayant quitté le PS ont rejoint E. Macron ou J-L. Mélenchon majoritairement.

[2] La Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES) regroupant LFI, EELV, le PS et le PCF. [3] La majorité présidentielle n’a obtenu qu’une majorité relative, avec 245 députés, soit un déficit de 44 députés pour atteindre le seuil de la majorité absolue. Cela ne s’était produit qu’une seule fois, entre 1988 et 1993, et la majorité de l’époque, avec 275 sièges, n’accusait pas un tel écart. Pourtant, deux mois plus tôt, E. Macron était réélu avec 58,5% des voix.

[4] Sur les différences entre valeurs de la gauche sociale et valeurs de la gauche culturelle, voir par exemple, concernant la gauche américaine (2009). 4. Articuler gauche culturelle et gauche sociale : vers la parité de participation. Dans : Revue Mouvements éd., Pensées critiques: Dix itinéraires de la revue Mouvements 1998-2008 (pp. 69-87). Paris: La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.mouve.2009.01.0069 : « Il y a une division importante entre la « gauche sociale » et la « gauche culturelle ». Issue de la génération de soixante-huit et des générations antérieures, la gauche sociale a été influencée par le marxisme – même si, entre-temps, certains de ses représentants sont devenus anti-marxistes. Aujourd’hui encore, elle insiste sur l’importance fondamentale de l’exploitation économique et de l’inégalité sociale, et considère que le projet de la gauche consiste à les redresser. La gauche culturelle est composée d’une génération plus jeune qui a atteint sa majorité à l’âge de la politique identitaire (identity politics), qui n’a jamais connu une gauche mélangée, pouvant comprendre hommes et femmes, Noirs et Blancs. Sa seule expérience du militantisme se limite à l’affirmation du particularisme d’un groupe ou d’un autre ; elle se concentre sur des questions de culture, de représentation et d’identité, de multiculturalisme… ».

[5] Le PCF, que les convictions et la tradition poussent vers l’action révolutionnaire, ne voit pas dans les élections, apanage d’un régime bourgeois, le premier vecteur de l’accession au pouvoir.

[6] Les valeurs de la gauche culturelle trouvent en mai 68 un moment de cristallisation. Il est probable, toutefois, qu’elles aient prospéré sur un partage des rôles plus ancien, si ce n'est voulu, en tout cas accepté par De Gaulle : du côté du Gaullisme au pouvoir, le progrès économique et industriel et un certain réformisme social dans le cadre d'une souveraineté affirmée et de coopérations européennes contrôlées et sans excès ; la culture du côté d’une gauche imprégnée d'idéaux révolutionnaires, qu’entretiennent les régimes socialistes phares de l’époque (l’URSS, Cuba), ferments d'un autre homme et d’une autre société à faire advenir.

[7] Le Traité de Maastricht (1992) marquera son affaiblissement spectaculaire.

[8] C’est aux cantonales de 1976 que le PCF est devancé par le PS pour la première fois depuis 1945. Confirmation en 1977, lors des élections municipales, où le PS passe devant le PCF.

[9] Le PS naît en juillet 1969 de la fusion de la SFIO avec l'Union des clubs pour le renouveau de la gauche.

[10] C’est le Congrès d’Epinay-sur-Seine, en 1971. Congrès de refondation unitaire du PS, qui décide d’abandonner ses alliances au centre et à droite pour réaliser l’union de la gauche avec les communistes. Congrès au terme duquel F. Mitterrand est élu premier secrétaire du PS, dont il n’était même pas adhérent quelques jours auparavant…

[11] Le programme commun de la gauche est signé en 1972 entre le PCF, le PS et les radicaux de gauche.

[12] Slate, Le PS ruiné par son ex et par son meilleur coup d'un soir, 24 avril 2017.

[13] F. Mitterrand était déjà le candidat unique de la gauche en 1965, où il avait surpris face au Général De Gaulle (45% des voix au second tour). Mais les divisions de la gauche, entre PCF d’un côté et gauche non communiste elle-même désunie de l’autre, avaient abouti à l’échec des élections législatives de 1968 puis au fiasco des présidentielles de 1969, où son candidat – G. Defferre – n’avait obtenu que 5% des suffrages.

[14] Cf. https://wikirouge.net/Histoire_du_Parti_Communiste_Fran%C3%A7ais#cite_ref-11 : « A la fin des années 1970 il produit toute une série d'affiches « Produisons français ! » et d'autocollants à coller sur les produits importés. Face aux difficultés mises par les autorités de New York pour l'atterrissage du Concorde, le PCF, organise une manifestation le 12 juillet 1977 avec les slogans : "Boeing go home", "Avec le PCF défendons l'industrie aéronautique. Il y va de l'intérêt national", "Ils veulent briser les ailes du Concorde, défendons-le !", "Giscard, Chirac assez d'abandons ! Pas de Concorde à New York, pas de Boeing à Paris !", "Ils ferment nos usines. Ils investissent à l'étranger : Fabriquons français !" ».

[15] Hatzfeld, H. (2007). Une révolution culturelle du parti socialiste dans les années 1970 ?. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 96, 77-90. https://doi.org/10.3917/ving.096.0077

[16] Titre donné au programme du Parti socialiste adopté en 1972.

[17] Soit le Mouvement des Radicaux de Gauche, et les divers gauche « compatibles ».

[18] Sur l’orientation sociale du RPR, et plus globalement sur son positionnement politique : lors du meeting de la Porte de Pantin le 10 février 1977, J. Chirac fustige par exemple le « capitalisme sauvage » et affirme que les gaullistes ne doivent pas être confondus avec les « tenants du libéralisme classique » et ni la « droite » assimilée au giscardisme et au centrisme. Sur son attachement à la souveraineté nationale : dans ses statuts, ce parti veut « soutenir une politique fondée sur le respect intransigeant de la souveraineté du peuple et de l'indépendance nationale (…) ». Avec l'appel de Cochin du 6 décembre 1978, J. Chirac s’en prend à la politique « antinationale » de l’Europe fédérale d’un « parti de l’étranger » (expression désignant alors l’UDF…) : « Comme toujours quand il agit de l’abaissement de la France, le parti de l’étranger est à l’œuvre avec sa voix paisible et rassurante. ».

[19] Parmi ses principaux projets, dans la perspective des législatives de 1986, on trouve la dénationalisation totale, y compris celle des banques et des entreprises publiques mises sous ce régime depuis le général de Gaulle au lendemain de la guerre.

[20] Lors des élections européennes de 1984, le RPR fait cause et liste communes avec les centristes de l’UDF.

[21] Cf. https://www.nouvelobs.com/politique/20180221.OBS2520/des-annees-1980-a-macron-comment-s-est-imposee-l-idee-du-probleme-de-l-immigration.html : « En 1986, la droite de Jacques Chirac propose de revenir sur le droit du sol, en instituant une démarche volontaire pour obtenir la nationalité française, et reprend de facto l'idée du FN qu'il y aurait des "Français de papier". »

[22] Cf. https://www.vie-publique.fr/discours/227706-convention-des-etats-generaux-de-lopposition-sur-limmigration : « Nous affirmons que la France ne peut plus être un pays d'immigration » ; « Nous affirmons notre volonté de fermer les frontières »…

[23] En 1991, Jacques Chirac évoque une « overdose d'immigrés » ; en 1993, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, souhaite durcir la législation et « tendre vers une immigration zéro ».

[24] Pas plus qu’il ne les avait infléchis entre 1986 et 1988, au moment de la première cohabitation.

[25] En 1985, Mitterrand répond à la demande de J-M. Le Pen, qui se plaint de ne pas passer dans les émissions politiques à la télévision : il lance un appel au pluralisme. Il introduit le scrutin proportionnel aux législatives de 1986, dont les partisans défendent la nécessité afin que toutes les couleurs politiques soient représentées à l'Assemblée. Sous l'effet de la médiatisation de J-M. Le Pen et du changement de la loi électorale, le FN obtient 35 députés, limitant la victoire de la droite. « Cela a fait partie de la tactique électorale », expliquait en 2011 l'ancien ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas. Ce dernier avait alors indiqué que le changement de mode de scrutin ne manquait pas de calcul : « Il y avait la raison apparente et l'arrière-pensée, peut-être. Il n'y a rien de critiquable dans une démocratie que de permettre aux gens de s'exprimer... même si c'est tactique ! ». Il faut noter que cette thèse a été contestée par J. Glavany, lui aussi ancien ministre : « Roland Dumas a toujours le talent pour faire naître des polémiques et il y a quelque chose de machiavélique dans son approche. Non, c'était dans le programme du Parti socialiste en 1981. Et c'était toujours dans le programme du Parti socialiste en 2017. ». Au-delà de cette tactique d’affaiblissement de la droite, la poussée du FN doit aussi certainement à l’orientation néolibérale et européenne du RPR, laissant orphelin un électorat sensible aux positions souverainistes.

[26] C’est la plus grande victoire stratégique de la gauche : tracer la ligne de l’interdit pour ses adversaires. La droite, depuis les années 80, ne sort pas de cette ligne de démarcation, qui a pénétré profondément sa psychè, quelles que soient les évolutions programmatiques du FN puis du RN par ailleurs. Dans le même temps, une démarcation analogue n’a jamais opéré entre la gauche socialiste ou sociale-démocrate, que l’on peut regrouper sous le vocable « gauche de gouvernement », et la gauche d’inspiration révolutionnaire. Ceci a permis une véritable asymétrie des alliances, profitable à la gauche.

[27] L’autorité, l’ordre, la tradition, la conservation…

[28] Francis BALLE, « LIBÉRALISME », Encyclopædia Universalis

[29] J. BAECHLER, Qu'est-ce que l'idéologie ?, Gallimard, Paris, 1976.

[30] A gauche, le Parti communiste, certains socialistes (J-P. Chevènement) et les écologistes (Les Verts) se prononcent contre ce traité ou pour sa renégociation.

[31] A droite, du côté du RPR qui laisse la liberté de vote, le trio Seguin – Pasqua – Villiers incarne l’opposition au Traité, tandis que J. Chirac et E. Balladur se prononcent en faveur du « oui », tout comme, au centre – droit, l’ancien président V. Giscard d’Estaing et son premier ministre lors des cinq dernières années de son septennat, R. Barre.

[32] Si l’on en reste à la Vème République, cf. https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-2950_1986_num_36_1_394233#rfsp_0035-2950_1986_num_36_1_T1_0020_0000 : « L’originalité du gaullisme en tant que force politique organisée consistait dans la combinaison de positions politiques typiquement dissociées les unes des autres : il était en faveur la fois du nationalisme, de la participation des travailleurs, de la philosophie du marché libre, de la planification publique et de l’intervention de l’Etat. »

[33] Dans un pays libéral, le budget serait équilibré, les impôts faibles et la dette publique limitée... Au lieu de quoi le déficit public devrait atteindre cinq points de PIB en 2022, le taux de prélèvements obligatoires s’établit à 44,3 % en 2021, et la dette publique représente 112,5 % du PIB fin 2021. Nombre de décisions sont prises dans une logique de « compensation » : dans le domaine de la fiscalité, par exemple, on diminue les cotisations sociales tout en augmentant la CSG…

[34] On pense par l’exemple à l’ouverture, le 17 mai 2013, « de nouveaux droits pour le mariage, l'adoption et la succession, au nom des principes d’égalité et de partage des libertés ». Cf. https://www.gouvernement.fr/action/le-mariage-pour-tous.

[35] J. Chirac obtient 82% des voix au second tour.

[36] Lutte Ouvrière, la Ligue Communiste Révolutionnaire, devenu en 2007 le Nouveau Parti Anticapitaliste. Mais aussi le Parti de Gauche, créé en 2009 notamment par J-L. Mélenchon, à la suite de son départ du PS. Et le PCF, bien sûr.

[37] J-P. Raffarin, D. Cohn-Bendit, M. Aubry, S. Royal, F. Bayrou, D. Strauss-Kahn… N. Sarkozy et F. Hollande font ensemble la couverture de Paris Match pour soutenir le Oui. Du côté du Non, des opposants à droite (J-M. Le Pen et le FN, P. de Villiers et son MPF, C. Pasqua et son RPF, N. Dupont-Aignan au sein de l'UMP…) et à gauche (l’aile gauche du PS, L. Fabius, J-P. Chevènement, le PCF, les trotskystes du Parti des Travailleurs…).

[38] Le Non l'emporte largement avec 54,6 %. Les jeunes et les classes populaires ont fait la victoire du « Non ». On constate une fracture entre des territoires périphériques, perdants de la mondialisation, qui ont voté « Non », et des métropoles bien intégrées à la mondialisation, qui ont massivement voté pour le « Oui ».

[39] Cf. https://www.vie-publique.fr/fiches/20315-quest-ce-que-le-traite-de-lisbonne.

[40] On a assisté au triomphe de l’Etat-providence dans des proportions inédites pendant la crise du covid. Près de 150 milliards ont été investis en mesures d’urgence, chômage partiel, plans de relance… Entre 2019 et 2022, la dette publique française devrait augmenter de 16 points de PIB, contre 12 pour la zone euro. Selon le ministre des Comptes publics, l’épidémie de Covid-19 va coûter 424 milliards d’euros aux finances publiques en France pour les années 2020 à 2022.

[41] C. Beaune, Ministre délégué auprès du ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, chargé des Transports, a rappelé la « ligne politique » du gouvernement à l’occasion d’une polémique récente : « Défendre, assumer, prolonger le mariage pour tous, la PMA, la lutte contre les thérapies de conversion ». C. Vautrin, un temps pressentie pour le poste de Premier Ministre, a été finalement écartée pour une bonne part en raison de ses prises de position passées contre le mariage pour tous : « Jusqu’à la dernière minute, ça a failli être elle. Mais la nommer, cela revenait pour beaucoup à abandonner le progressisme constitutif de notre ADN, et dont on a toujours fait une marque de fabrique », a expliqué un conseiller élyséen.

[42] Certaines observateurs faisaient remarquer dès 2017 qu’il y avait du « populisme » chez E. Macron. Nouveau monde à inaugurer et mise au pilori de l'ancien, jugé suranné et défaillant, renouvellement vertueux des pratiques politiques et citoyennes, dépassement des clivages traditionnels… Toutes choses qui pouvaient donner l'apparence d'un renversement de l’histoire.

[43] On a toujours en tête les propos du président voulant « emmerder les Français ». On a vu O. Véran, alors ministre de la santé, convoquer l'histoire à l'Assemblée nationale pour dire que le même mot avait été employé par Pompidou en son temps sans qu’il ne choque personne.

[44] Selon l'Eurobaromètre réalisé en octobre / novembre 2021 par les institutions européennes (https://webgate.ec.europa.eu/ebsm/api/public/deliverable/download?doc=true&deliverableId=78744). Majorité forte dont on peut seulement dire qu'elle est légèrement inférieure à celle de la moyenne de la zone euro (69%).

[45] Où la majorité présidentielle n’a donc obtenu que 245 députés, ce qui ne s’était produit qu’une seule fois, entre 1988 et 1993, contraignant les premiers ministres successifs de l’époque – M. Rocard, E. Cresson et P. Bérégovoy – à rechercher des majorités d’idées et à pratiquer le 49-3 à 39 reprises… [46] L’analyse de l’électorat de Renaissance montre qu’il englobe en premier lieu les plus jeunes (18-25 ans), les retraités, les catégories diplômées, avec un certain niveau de revenu…

[47] Sur l’illibéralisme, voir l’article de P. Rosanvallon, « Fondements et problèmes de l’illibéralisme français » en 2001 (site de l’académie des Sciences morales et politiques) : « On appellera illibérale une culture politique qui disqualifie en son principe la vision libérale. Il ne s'agit donc pas seulement de stigmatiser ce qui constituerait des entorses commises aux droits des personnes, marquant un écart plus ou moins dissimulé entre une pratique et une norme proclamée ». L'« illibéralisme » emprunte également à la définition élaborée à la fin des années 1990 par le journaliste américain Fareed Zakaria dans son article « The Rise of the illiberal democracy », publié dans Foreign Affairs. Un État illibéral serait celui dans lequel le suffrage universel apparaît comme la dernière – et donc seule – manifestation de la démocratie. Il s'agit de pointer du doigt l'écrasement des contre-pouvoirs et des corps intermédiaires, qu’ils soient médiatiques, intellectuels, institutionnels ou syndicaux.

[48] La protection de la santé est un objectif de valeur constitutionnelle, mais on peut se demander si l’imposition du passe vaccinal, dont les autorités politiques et sanitaires ont reconnu elles-mêmes qu’il était peu opérant, et qu’il visait en fait à pousser à la vaccination, n’est pas typique d’un hyper-centre autoritaire, touchant en l’occurrence aux libertés publiques.

[49] Dans une tribune parue le 03/07/22, on a pu noter l’appel lancé par 84 dirigeants « pour passer d'une sobriété d'urgence à une sobriété organisée ». Une semaine plus tôt, les patrons des trois énergéticiens français TotalEnergies, EDF et Engie avaient appelé les Français à réduire immédiatement leur consommation de carburant, de pétrole, d'électricité et de gaz devant le risque de pénurie menaçant « la cohésion sociale » l'hiver prochain.

[50] Même s’il faut mener une analyse plus fine pour rendre compte des spécificités propres aux différents pays qui peuvent s’inscrire peu ou prou dans l’hyper-centre.

[51] A propos du covid : le fonds européen pour la relance, la réorientation des fonds de l'UE pour aider les États membres qui en ont le plus besoin, le soutien aux secteurs les plus touchés… Au total, un plan de relance global de 2 364,3 milliards d'euros. Face à la Russie, l’adoption de six trains de sanctions (ce qui nécessitait l'unanimité), dont l’embargo progressif sur le pétrole russe d’ici fin 2022 (sauf pour la Hongrie et la Slovaquie). Dans un autre domaine, la suspension de cinq médias russes…

[52] Les exemples sont nombreux. Les premiers ministres espagnol et portugais, P. Sanchez et A. Costa, ont appelé à choisir le « candidat démocrate », dans une tribune pour Le Monde. Le chancelier allemand, O. Scholz, a salué la réélection d’E. Macron, la voyant comme « un signal fort en faveur de l’Europe ». Le commissaire européen au marché intérieur, T. Breton, a dénoncé le fait que le projet de M. Le Pen nécessitait un Frexit. Au-delà des frontières de l’UE, le président des Etats-Unis lui-même a manifesté son soutien. Et même le Brexiter B. Johnson s’est dit « heureux de continuer à travailler avec E. Macron ».

[53] En dehors de nos frontières, on pourrait méditer sur les exemples grec et italien. En Italie, deux formations différentes mais perçues volontiers comme « populistes » et en rupture avec le « système », la Ligue (de M. Salvini) et le Mouvement 5 Etoiles (de B. Grillo), accèdent au pouvoir entre 2018 et 2019 (premier gouvernement Conte). Le Mouvement 5 étoiles poursuit avec le deuxième gouvernement Conte (entre septembre 2019 et janvier 2021) puis intègre la coalition au pouvoir avec M. Draghi. Sa participation à l’exécutif coïncide avec son reflux vertigineux, matérialisé par plusieurs échecs électoraux successifs. Ou quand la normalisation et l’assimilation au « système » d’un parti inexpérimenté semblent saper à grande vitesse son crédit, comme s’il n’était plus guère perçu comme « disruptif » et capable de porter une politique différente. De son côté, la trajectoire de la Ligue a été différente entre sa participation au premier gouvernement Conte et l’arrivée au pouvoir de M. Draghi. Elle a su conserver une grande force électorale mais il est intéressant de noter qu’elle a rejoint M. Draghi au gouvernement, non sans avoir fortement atténué son scepticisme européen et refroidi son souverainisme. En Grèce, on se souvient qu’A. Tsipas, candidat de la gauche radicale Syriza porté au pouvoir début 2015, avait exhorté le peuple à rejeter par le référendum du 05/07/2015 la dernière offre d’accord faite alors par les créanciers (UE, FMI) à la Grèce. Appel entendu à 60%. Pour autant, huit jours plus tard, conséquence d’un rapport de force qui lui était totalement défavorable, A. Tsipas signait avec ses créanciers un accord comprenant de nombreuses mesures d'austérité et de privatisation, en échange de nouveaux crédits accordés au pays.

[54] D'un côté, la prise en compte des intérêts économiques et des entreprises, ce qui tend à plaider pour des transitions progressives afin d'éviter de risque de la déstabilisation, de l'autre, la pression de l'urgence climatique, qui pousse à des mesures rapides, tranchées et contraignantes.

[55] La poursuite des variants du covid…, la variole du singe, d'origine africaine, apparue en Amérique du Nord et en Europe…

[56] Voir par exemple Fourquet, J. (2019). L'Archipel français, Naissance d'une nation multiple et divisée. SEUIL., Guilluy, C. (2015). La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populaires (Champs actuel). FLAMMARION.

[57] Entre LFI et le RN, on a pointé, si ce n’est des communautés de vue, du moins des compatibilités sur le plan économique et social (par exemple, autour de la question de la retraite à 60 ans). Mais on constate leur divergence irréductible sur les « valeurs »…

[58] Le succès de la Nupes est réel, avec un total de 149 députés, mais il semble d’abord tactique. La Nupes a perçu les dividendes de l’union, puissant levier dans l’imaginaire de gauche, plus qu’il n’a bénéficié d’un déplacement de l’opinion vers la gauche : au 1er tour des élections législatives, le cumul des voix de gauche (toutes tendances confondues) représentait à peu près 33% des suffrages exprimés (7,5 millions de voix) tandis que les voix de gauche regroupaient près de 34% des suffrages exprimés (7 millions de voix) au second tour.

[59] Affirmation soutenue par de nombreux candidats à l’élection présidentielle, notamment à droite et à l’extrême droite.

[60] L. Fabius : « Ceux qui, comme le général de Gaulle en 1962 avec l’élection du président de la République au suffrage universel, estiment pouvoir s’appuyer sur l’Article 11 et le seul référendum pour réviser la constitution ont tout faux. D’abord, parce que n’est pas le général de Gaulle qui veut. Ensuite, parce que toute révision de la Constitution doit se fonder non sur l’article 11 mais sur l’article 89, article qui ne prévoit un référendum que si le projet de révision ne recueille pas le vote des trois cinquièmes des parlementaires. » (intervention du 06/01/22).

[61] Voir par l’exemple l’irruption d’E. Zemmour, avec son parti Reconquête! et ses 120 000 adhérents, qui n’était pas loin, dans les intentions de vote, moins de deux mois avant le premier tour, de disputer la « finale » face à E. Macron.

[62] Sondage Ipsos-Sopra Steria réalisé du 21 au 23/04/22 pour Radio France, France Télévisions, France 24, les chaînes parlementaires et Le Parisien-Aujourd'hui en France.

[63] Lors de sa déclaration de politique générale, la Première Ministre a cité tous les présidents de groupe parlementaire à l’exception de ceux du RN et de LFI…

[64] Expression évoquée depuis 2017 pour désigner l’incapacité du Rassemblement National à rallier la majorité des suffrages.