Chacun de nous peut réparer le monde-expérience

Les dernières rixes de jeunes dans les banlieues début mars, les drames qu'elles entraînent et les inquiétudes qu'elles suscitent, ne sont pas des faits divers mais des révélateurs de notre société. A ces violences, les responsables politiques, de droite comme de gauche, répondent en appelant au calme les victimes autant que les observateurs, et adoptent de nouvelles mesures de sécurité. Mais ces événements obligent... Ils obligent à faire dialoguer les personnes et à se questionner : comment se construit la paix sociale ? Dans quelle société vivons-nous et quelle société voulons-nous ? Qui donc peut réparer ce monde ? Qui peut réparer le monde ?


Le film de Ladj Ly Les misérables donne à voir une société où le dialogue est inexistant et les institutions inaptes à construire la paix. La violence devient cause et effet dans les quartiers populaires comme si rien ne pouvait l'arrêter.


Les institutions ont à poser des choix politiques forts comme celui de soutenir les acteurs de proximité. Nombreux sont ces acteurs de quartiers qui, à l'ombre des projecteurs institutionnels et médiatiques, se consacrent dans le temps long à changer le monde. Construire des liens entre les habitants, assurer une présence au sein des quartiers et pratiquer la rencontre participent de ce qu'affirme l'économiste Gaël Giraud : « Le lien social est ce qui fait qu'une société tient debout ... Pour refaire des liens, il faut promouvoir des communs ».


Le Secours Catholique est l’un de ces acteurs. Sûr de la valeur de chaque être humain, il promeut des communs dans les quartiers populaires notamment par la culture, comprise comme un ensemble de valeurs et de croyances qui permettent à un individu ou un groupe d'exprimer son humanité et ainsi de trouver un sens à sa vie.


Cette définition de la culture change tout. Elle devient un projet de société à part entière, en se centrant sur l'humanité des individus. C'est cette humanité qui est la véritable finalité, et non l'efficacité ou la productivité. En humanisant chacun, la culture permet à chacun de développer son pouvoir d'agir et à la collectivité d'être unie et distincte à la fois. Ainsi, se comble le vide entre les hommes..., ce qu’Hannah Arendt définissait comme le propre de la politique. Agir par la culture est donc un acte politique au service de la construction d’un monde commun.

Une expérience originale de culture est en cours dans un quartier populaire de Versailles. La compagnie NAJE et le Secours Catholique mènent un projet de théâtre forum. Une quinzaine d'adultes et une dizaine d'enfants réfléchissent en deux ateliers à la manière dont chacun peut changer le monde par l'écologie.


La méthodologie de la compagnie est celle du théâtre de l'opprimé. A la suite d'Augusto Boal (Argentine, 1970), des personnes expriment une situation d'oppression sur laquelle elles voudraient agir. Par la parole, elles en identifient les caractéristiques et les enjeux. Ces expériences, personnelles à l’origine, deviennent d’un intérêt général grâce à des apports extérieurs en lien avec le sujet, et aux réponses qui se croisent. Des solutions naissent alors de ce travail.


Après un récit des expériences personnelles et l’expression des incompréhensions, voire des colères, en lien avec l’environnement, l’alimentation, la santé etc., le travail théâtral consiste, grâce à l’improvisation, à dépasser le récit individuel, à s’impliquer davantage dans ces divers sujets, à s’enrichir des interactions des différents membres du groupe, et finalement à trouver des réponses aux problèmes soulevés.


Ce travail d'intériorisation et de prise de parole a incontestablement une force de mobilisation étonnante pour chaque participant ainsi qu’une force de rassemblement et de fédération pour le groupe. Il révèle avec puissance la capacité de chacun à penser sa vie et le monde, et illustre ainsi ce que Hannah Arendt décrivait : « L'être humain ne doit jamais cesser de penser. C'est le seul rempart contre la barbarie. Action et parole sont les deux vecteurs de la liberté. S'il cesse de penser, chaque être humain peut agir en barbare ».


Le théâtre forum est une méthode efficace pour permettre à des individus de s'associer, de se réunir et de faire société. Il est donc facteur de paix sociale. Il freine notre propension à la barbarie.


Qu'on se le dise, chacun de nous peut réparer le monde, et les approches, comme le théâtre forum, ne manquent pas pour qui veut s’en saisir. Souhaitons que les décideurs de nos communes et de nos pays remarquent et soutiennent ces initiatives..., pour le bien de tous et de la société.